Exposition

Nature morte et enterré

Galerie Gabrielle Maubrie, Paris Novembre-Decembre 2009

Attention : Théo Mercier est trop changeant, étant tour à tour tout et son contraire et jamais pendant bien longtemps*...

C'est un jeune homme pressé, passé par l'atelier de Matthew Barney (imagine-t-on creuset plus formateur ?). Mais c'est aussi un artiste qui procède toujours par sédimentation ; dans son atelier non sans ironie surnommé « Byzance », ses trouvailles des Puces hantent lentement ses rêves éveillés et s'insinuent dans son esprit comme les motifs hardeux parasitent ses tapis rectifiés.
Dans cette exposition, on verra peut-être, si le temps l'autorise, des compositions « pétrifiées » anciennement laissées par lui dans ces grottes granitiques d'Auvergne creusées de main d'homme il y a 2 000 ans, où, baignées en permanence du calme écoulement d'une source tiède hyper minéralisée, elles n'en finissent pas de se figer nonchalamment.

Théo Mercier est un esthète précieux, byronien, wildien, affectionnant les animaux naturalisés, surtout vénéneux, ou morbides. Mais dans le même temps il fiche des bananes entre les mâchoires de crânes humains et arrange en virtuose des accumulations de junk food, frites, hamburgers, donuts aux glaçages glaçants, gras salamis et pommes d'amour.
Assurément l'outrance de l'opéra baigne ses mises en scène où la mort s'étire indéfiniment : dans ses PLACES OF MEMORY, sortis d'un quelconque rite, les lits de morts sont surmontés de cailloux et les cercueils de baudruches colorées. Mais c'est pourtant l'extravagance toute latino d'une guitare électrique Ibanez bleue métallisée, ou l'imagerie très heavy metal d'une moto carbonisée flanquée d'une impeccable chevelure platine, qui irradient l'ensemble de cette œuvre très tendue, toute en dissonances et en disjonctions harmoniques.

En deux dimensions comme en trois, Théo Mercier opère par collages d'éléments fortement hétérogènes, et même a priori inconciliables. Chaque fois, l'image nouvelle ainsi créée trouve sa cohérence dans un principe unificateur fort : subtile manipulation de la (mono)chromie pour MAGIC LOOSERS AND ESOTERIC MISTAKES, dissimulation systématique des visages derrière des masques pour LOST WORKERS, noyade atmosphérique dans les fumigènes pour PLACES OF MEMORY et SHIT AND SHINE (survival kit), ou encore adjonction inconditionnelle de pupilles dans le paysage pour EYES CONTACT.

Théo Mercier est autodidacte en tout. Manifestement la musique, la littérature, le stylisme, le cinéma le tenaillent, mais rien ne le domine. A 25 ans à peine il pourrait se satisfaire d'avoir du talent (pour beaucoup, ce serait déjà beaucoup) ; mieux que cela, il dispose d'une part de grâce, cet imperceptible coup de pouce de la chance qui lui assurera bonne « fortune », pour reprendre le joli terme d'Olivier Saillard à son endroit. L'œuvre de Théo Mercier est assurément pleine d'esprit, d'humour, de légèreté, de gravité, d'élégance, d'invention, de charme, de poésie, de trouvailles, de surprises, de grincements, de sens pluriels... c'est à dire pleine d'avenir.

Stéphane Corréard

* cette description est celle d 'un autoportrait de Lord Byron...


Encore l'origne du monde, sculpture, 20x20x50cm

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