Exposition

nowhere bodies

The Cabin, Los Angeles - Casa Maauad, Mexico City 2015

En 2013, Théo Mercier a quitté Paris pour s'installer à Mexico, où il vit partiellement et travaille encore aujourd'hui. Sa découverte du Mexique, de ses paysages ouverts et de son histoire complexe a été une révélation dans son travail.
Stimulé par un environnement alors totalement inconnu et profondément ancré dans les traditions artistiques et religieuses du Mexique, il entame une nouvelle série d'œuvres intitulée «Nowhere bodies». S'immergeant dans son nouveau pays d’accueil, Théo Mercier explore les fondements spirituels du Mexique, et ses images imprégnées des mystères de la vie, de la mort et de l'inconnu. Collectant divers objets issus des pratiques mystiques de chamans, de guérisseurs et autres guides spirituels, il combine ces éléments spirituels avec des souvenirs touristiques et détritus domestiques provenant de marchés de curiosités locaux ou de ruines, pour créer une nouvelle série de totems hybrides.
Bien que le langage corporel de chaque sculpture soit féroce et conflictuel, il existe une fragilité visible dans les structures verticales qui en résulte. Chaque objet délicatement empilé possède sa propre histoire et affiche une combinaison de rotation, d’effondrement et de reconstruction. Provenant de ruines d’une maison coloniale effondrée à Mexico, les troncs et les socles qui constituent le corps des ces nouvelles sculptures forment un ensemble d’imposantes carcasses en bois tourné. Théo Mercier a sculpté ces pièces de bois comme un céramiste travaille une motte d'argile au tour. La parenté de ces deux techniques sur tour a naturellement poussé l’artiste à intégré à cette nouvelle série de sculpture des pièces en céramique, le plus souvent créées à Oaxaca à l’aide de procédés traditionnels. Les taches de fumée spectrales visibles sur l'argile sont les traces d'un processus de cuisson souterrain où les morceaux d’argile sont brûlés au feu de bois à l’intérieur de cavités souterraines. Le creusage et l'enfouissement de la céramique, associés au réemploi du bois de l’ancienne maison coloniale déchue, ajoute une nouvelle dimension de croissance verticale et de résurrection au mouvement circulaire inhérent au processus de la céramique. Cette fusion de processus distincts révèle une autre couche de négociation entre le naturel et l’artificiel, la construction et la démolition, le domestique et l’extérieur, le fixe et le changeant.

Imprégné de la vie culturelle et du patrimoine artistique de la ville de Mexico, Théo Mercier s’intéresse à la reconnaissance de la pensée mexicaine dans le paysage culturel de Los Angeles, mettant en évidence des différences essentielles de point de vue. Leurs points de vue se reflètent et s’inversent : lorsque le Sud regarde le Nord et le Nord regarde le Sud, la frontière elle-même sert de ligne de démarcation entre rester et partir, entre appartenir et être étranger à une culture, entre la frontière familiale et la nouvelle frontière. Le point de vue de Mexico est celui du résident, du citoyen, informé par des siècles de tradition ininterrompue. Le point de vue de Los Angeles est celui du visiteur, de l'immigrant, de l'exilé.
De cette compréhension est née une détermination : si les travaux initiés à Mexico devaient se rendre à Los Angeles, où ils seraient assemblés et achevés, ils seraient expédiés en Californie à la manière d’une maison préfabriquée. Partant de ce système, Théo Mercier tend à créer une plateforme lui permettant d’explorer les intersections de chaque ville et des histoires. À cet égard, les sculptures fonctionnent à la fois comme des collages et des constructions et interprétations géographiques.

"Nowhere Bodies" est une série de structures totémiques incorporant des objets trouvés, représentant des histoires survivantes récupérées par des entreprises touristiques. Avec cette collection de témoins culturels à Los Angeles, il cherche à créer un dialogue entre les deux villes à propos de leur histoire commune et de leurs paysages culturels divergents. Dans une exécution irrésistiblement ludique et parfois pince-sans-rire, les œuvres embrassent une ambiguïté de genre et fondent le passé et l'avenir avec le présent - et si elles sont profondément inspirées par les lieux, elle ne sont pas pour autant réalisées sur-mesure. Les personnalités présentes dans chaque sculpture n’ont ni boussole, ni origine, ni histoire chargée, ni avenir imprévisible.

Mara Mckevitt, traduit de l'anglais par Céline Peychet


Nowhere bodies, bois tourné, céramique, os, 2015

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