Exposition

Je ne regrette rien

Marcel Duchamp Prize, Grand Palais, Paris octobre 2014

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, les explorateurs européens cherchèrent un continent austral dont la masse contrebalancerait les terres émergées de l'hémisphère nord. Les premiers navigateurs qui aperçurent l'île de Pâques crurent l'avoir trouvé, mais n'y découvrirent qu'un ilôt érodé, une poignée d'habitants et une foule de statues géantes : les Moais.
Le mystère de ces statues passionna l'occident du XIXème siècle et donna lieu à des réécritures fantasmagorique de l'Histoire. On prétendît notamment que l'île de Pâques était le vestige d'un continent perdu ; les imaginations s'échauffèrent, et les Moais se retrouvèrent liés bien involontairement au mythe de l'Atlantide.
Refusant la position d’explorateur impuissant d'un monde devenu minuscule, en aventurier, en archéologue, Théo Mercier cherche à retrouver la mana* des arts primordiaux, ces arts d’avant que le mot « art » ait été inventé.
« Chaque fois que je suis allé voir ailleurs si j’y étais, j’y étais » : en livrant cette confession, Il ne précise pas que l’ailleurs, pour lui, est autant spatial que temporel, voire mental.
La modernité a généré tant d’impasses que l’artiste semble parfois pris dans un véritable labyrinthe ; alors un déplacement radical s’impose, en effet.
Dans « Je ne regrette rien », cette recherche le mène du côté d’un nouvel âge de pierre, lorsque le feu fut apprivoisé et des outils façonnés. De l’émail au marbre, des miniatures de ruines d'aquarium à la figure centrale du Moai, tous les constituants de l’installation évoquent le minéral, et les mondes submergés, de l’univers sous-marin aux sépultures, et jusqu’aux îles englouties. 
Souterraine, cette exploration fait écho, peut-être, à la prophétie de Marcel Duchamp : «The great artist of tomorrow will go underground».
Unique élément paradoxalement humain, le nez du Moai réfère possiblement aux premiers prospecteurs ignorants de l’Ile de Pâques, qui rebaptisèrent ces sublimes divinités de noms vulgaires tels que gros ventre, longues oreilles, le puant ou le grand nez. Car ici tout n’est que fantasme, semble-t-il : sur les centaines de ruines, seule une infime partie évoque d’ailleurs des édifices existants… Placé dans la position de ces prospecteurs d’autrefois, le regardeur d’aujourd’hui doit effectivement faire sa part de travail. Car la vérité, aussi, est ailleurs.
 
* Puissance magique émanant de tous les êtres vivants et dont les chefs de l’Ile de Pâques étaient tout particulièrement pourvus. La mana leur permettait notamment de mouvoir les Moais jusqu'à leur emplacement.


Je ne regrette rien, installation, dimensions variables

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