Exposition

Le surréalisme et l'objet

Centre Pompidou 30 octobre 2013 - 3 mars 2014

« La possession du monde n’est pas ma priorité » (2009 -2013) aligne sur des étagères, des pierres destinées à enjoliver l’univers des poissons d’aquarium. Ces alignements méthodiques affectent de ressembler aux collections d’un musée de minéralogie (de celles, dans lesquelles puisaient les surréalistes pour alimenter les vitrines de leurs expositions).
Les pierres ont été de longue date confondues avec les productions de l’art. Pline l’Ancien relate l’admiration des grecs pour l’«Agate de Pyrrhus», qui semblait montrer Apollon au milieu des neufs muses. Ephémères compagnons de route du surréalisme, Roger Caillois a retracé dans L’écriture des pierres (Genève, Skira, 1970), l’histoire d’une passion humaine pour les pierres qui s’ancre dans le Paléolithique. La présence de plusieurs minéraux dans le « Mur » d’André Breton, témoigne de la traque du poète, des plages de la Gaspésie aux berges du Lot, de ces Agates qu’il voyait comme des « pierres de Lune », comme des vestiges du « sperme universel ».
Si l’Occident associe le langage des pierres à celui de la peinture, l’Orient n’a cessé d’admirer leurs formes contournées. Dès le VIIIe siècle, les lettrés chinois collectionnent les pierres dont la fantaisie formelle constitue le support inépuisable de leurs méditations. C’est à cette curiosité chinoise que se réfèrent les pierres d’aquarium de Théo Mercier. Avec la même malice, la même sagacité qu’il déploie pour composer des fétiches africains, avec ses pierres en résine synthétique, Théo Mercier entérine la métamorphose des formes des cultures locales à l’ère de leur reproduction technique (celle du «made in China»).
Monument à l’absurde, ces alignements célèbrent le génie dérisoire de fabricants consciencieux d’objets «acheiropoïetes» (non faits de mains d’hommes), celui d’un kitsch généralisé.


Vue d'exposition

Téléchargements