Exposition

Le solitaire

Musée d'art moderne de la ville de Paris, Paris Juin - Septembre 2010

C’est par un vieil hiver, sans malice ni grâce,
C’est par un vieil hiver, dont je porte la trace,
Qu’un garçon fit de moi ce que je suis enfin :
Un géant soucieux, sans début et sans fin.

Au début, j’ai pensé : il ne me veut que bien,
Ce garçon semble honnête et j’apprécie son teint.
Mais le teint en question tourna vite au reproche,
Et j’entendis au loin sonner l’horrible cloche.

Elle criait : « Géant, tu dois faire attention
Et ne pas accorder trop crédit au garçon !
Il est plein de talents, sa main est longue et fine
Mais sache que son cœur est piquant comme épine. »

Je répondis : « Tais-toi, tu n’es qu’une vieille cloche
C’est donc la jalousie qui t’a rendue si moche. »
Pendant ce temps l’enfant sur sa chaise d’écolier
Installait mes deux fesses et reposait mes pieds.

Plus l’enfant grandissait, plus mon corps était gros.
Chaque jour il mettait d’autres pâtes sur mon dos.
Je le voyais venir, le matin, souriant,
Et repartir le soir, l’air un peu moins vaillant.

J’atteignais une taille colossale et superbe
Plus grand que les collines qu’il fabriquait en herbes.
J’étais sa créature la plus spectaculaire
Même s’il me manquait deux globes oculaires.

Je croyais qu’il voulait vraiment me rendre heureux,
Jusqu’à ce qu’a la fin, il me colle deux yeux.
Deux yeux si tristes et beaux que rien ne saurait dire
Ce que cache ce bleu entre azur et saphir.

Jerôme Lambert

photo: Marc Dommage


Le solitaire, sculpture, 170x200x230cm

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